Vous êtes unique ! Ou pourquoi votre instinct alimentaire surclasse la science.

Notre science s’acharne constamment à définir des valeurs moyennes de référence pour les apports en vitamines, en minéraux, en protéines… mais aussi pour la toxicité des produits chimiques, ou encore pour les doses de médicaments à prendre. Las, il n’existe nulle part dans ce monde une personne moyenne, et nous nous trouvons donc trop souvent confrontés à l’échec de cette standardisation à outrance.

En réalité, nous sommes tous génétiquement et biochimiquement unique. Cela ne veut cependant pas dire que certains sont condamnés à mourir d’un cancer ou d’une crise cardiaque avant 30 ans. Cela ne veut pas non plus dire que nos capacités physiques ou mentales sont définitivement gravées dans le marbre. Il n’y a pas de fatalité.
Car ce que définissent nos gènes et notre biochimie c’est nos besoins nutritionnels et environnementaux, ce sont les conditions pour que l’on puisse s’épanouir et éviter les maladies. Il faut garder en mémoire que si un être humain partage de nombreuses caractéristiques avec ces congénères, chaque individu possède cependant des particularités très personnelles.

L’individualité biochimique explique pourquoi :

  • Nous sommes sensibles à certaines toxines ou polluants particuliers (anti-nutriments, médicaments, additifs, métaux…).
  • Nous sommes prédisposés à certaines maladies.
  • Nous sommes résistants ou non à l’alcool, la cigarette et autres drogues (et à leur addiction).
  • Un mode alimentaire réussissant à une personne échouera souvent pour une autre.

L’épigénétique nous dit que ce n’est pas seulement les gènes qui définissent notre potentiel, mais aussi la manière dont ils s’expriment et qu’en plus cette expression est variable. Ainsi l’empreinte parentale, l’environnement ou encore votre psychologie peut vous permettre de redéfinir vos gènes dans une certaine mesure !

Avant d’aborder la variabilité biochimique entre les individus il faut prendre conscience que cette variabilité s’exprime aussi sur l’anatomie. La taille, le poids, la forme et l’emplacement des organes peuvent varier dans le corps de manière bien plus importante que nous le croyons habituellement

Il va de soi que leur fonctionnement varie de même énormément, à commencer par celui du métabolisme basal, qui impacte directement nos besoins caloriques.
En fait, chaque partie de notre corps est unique. Chacun de vos organes, cerveau compris, a ses spécificités faisant que vous êtes susceptible de fonctionner d’une manière originale. Par exemple la capacité de production d’insuline peut varier d’un facteur 10 entre les individus ! Écouter et comprendre ses spécificités est à la base de toute démarche santé.

Bien sur les études peuvent tout de même nous aider. Des études montrent divers degré d’intolérance au lactose, à la caséine et au gluten pour la quasi-totalité des humains. Cela ne dit pas que vous y réagissez, mais qu’il est presque certains que vous vous porterez mieux en réduisant drastiquement votre consommation des aliments en contenant.

La composition chimique de notre corps est aussi particulière. Selon la personne l’urine, le sang, la salive, mais aussi les os, la peau… auront des concentrations en éléments (vitamines, minéraux, hormones, acides aminés, etc) très différentes ; et ceci même avec des régimes alimentaires identiques ! On comprend bien que ces concentrations ont un impact direct sur les besoins alimentaires nécessaires pour maintenir ces taux. Un taux sanguin élevé d’un élément peut signifier que nous en avons un besoin important ; à l’inverse, un taux urinaire élevé voudra plutôt dire que nous en avons des besoins faibles. Même si ce n’est pas toujours aussi simple…

De la même manière, le fonctionnement enzymatique de chacun est très variable, et influe énormément sur nos besoins ; ainsi que nos réactions aux toxines :

  • Notre capacité à « tenir » l’alcool par exemple varie d’un facteur 10 entre les individus (1).
  • Le taux d’amylase entre individu peut varier d’un facteur 50 (2), ce qui veut dire que certaines personnes auront des taux 50 fois supérieurs à d’autres ! On imagine la conséquence sur notre aptitude à métaboliser les sucres complexes… (surtout que souvent les personnes ayant peu d’amylase sont aussi celles produisant peu d’insuline).
  • Même chose pour la pepsine des sucs gastriques définissant notre capacité de digestion des protides (3).
  • Même chose encore pour notre réaction aux médicaments, que ce soit pour leur efficacité ou leurs effets secondaires.

Des scientifiques ont fait une observation surprenante : Pour qu’une personne puisse sentir le goût du phenylthiocarbamide (composé organique du brocoli, du chou de Bruxelles, etc) il faut qu’il ait été dissout dans sa propre salive. L’eau ou la salive d’une autre personne ne fonctionne pas ! (4)

Toutes ces différences ont pour conséquence une grande variabilité des besoins nutritionnels chez l’humain. Quelques exemples :
  • Un taux sanguin de potassium inférieur à 3 meq/L peut occasionner des crises paralytiques chez des personnes aux besoins accrus, d’autres supporteront bien la carence.
  • Des études ont constaté des différences métaboliques énormes dans le traitement du calcium. Certains individus peuvent avoir leurs apports couvert par 225 mg de calcium/jour, tandis que d’autres en auront besoin de deux fois plus pour ne pas développer de carence ! (Sans compter que l’utilisation du calcium dépend d’autres micronutriments dont les besoins peuvent également varier).
  • La composition en acide aminé des liquides corporels (sang, salive, sucs, etc) est très variable, il est donc évident que l’apport nécessaire à leur production variera d’autant. On peut noter en premier lieu un besoin accru en arginine pour les hommes (pour la production de sperme).
  • De nombreux rapport montre des besoins très variables quant à l’apport en vitamine C. Les témoignages d’expédition maritime où tout les membres d’équipage n’ont pas la même sensibilité au scorbut (et donc à la carence en vitamine C) sont très parlant. On a d’ailleurs trouvé que le taux plasmatique de vitamine C entre les individus (et donc leur apport nécessaire) peut varier d’un facteur 100 !
Les différences de besoins entre individu peuvent encore être augmentés par des variabilités génétiques dans l’efficacité de digestion, d’absorption, etc.

Les modes de vie et les régimes alimentaires ne produisent donc pas les mêmes effets dans toutes les populations humaines (voire entre deux humains d’une même population!), avec quelques disparités remarquables chez certains groupes ethniques. L’exemple le plus connu concerne « l’occidentalisation du régime » qui entraîne un fort ratio de diabète et de syndrome métabolique chez les indiens Pimas et très peu chez les Sibériens, alors que ces derniers ont un fort ratio d’hypertension lors du changement de régime.
Mais il y a d’autres exemples comme par exemple le fait que les femmes Caucasiennes ont une meilleure oxydation des graisses que les Africaines. Que les Inuits, dont l’alimentation est composé principalement de produits animaux, présentent des modifications de leur métabolisme énergétique et de l’azote (Draper 1977). Que le métabolisme de la vitamine D présente des variations importantes entre Caucasiens, Africains et Inuits…

Tout cela impacte notre santé de manière radicale. Simmoons, ainsi que McNicholl, en 1981, montrèrent que la maladie cœliaque se déclare plus fréquemment dans les populations ayant récemment intégré le blé dans leur alimentation. De même, on sait que l’intolérance au lactose est rare chez les peuples issus de traditions pastorales. (Kretchmer 1972 ; Simoons 1970).

Mais pourquoi alors toutes ces valeurs moyennes ? Pourquoi toutes ces solutions taille unique ? Pourquoi ne pas personnaliser un peu plus ?
Tout simplement parce que les études scientifiques n’utilisent que des souches pures sélectionnées pour « contrôler la variabilité » génétique (et donc biochimique). Cela occulte à dessin les différences individuelles du coup également ignorées à l’autre bout de la chaîne médicale.
N’ayant à leur disposition qu’un type de médicament, qu’un seul protocole à suivre, et ayant été éduqué à croire que la solution officielle était la meilleure, les praticiens ne sont pas à l’écoute de la spécificité des symptômes des patients. Celle ci étant niée, les malades ne répondant pas aux critères « moyens » se retrouvent délaissés, voire humiliés et culpabilisés.

En réalité, ces variations sont connues depuis toujours. La sagesse du corps, s’exprimant par les envies, nous dirige naturellement vers certains aliments plutôt que d’autres, elle contrôle aussi notre faim et notre satiété (arrêt instinctif). Ces préférences, qui peuvent changer au cours du temps, sont le reflet de nos besoins.
Malheureusement, l’instinct alimentaire a ses limites, et c’est quand il fait défaut que les problèmes de santé s’installent. La première limite, évidente, est l’omniprésence des processus de transformation, et les innombrables additifs chimiques ajoutés aux aliments. La sagesse de notre corps, notre instinct censé nous diriger vers ce qui est bon pour nous, perd ses repères, devient confus, crédule. Il tombe dans les pièges imaginés par des commerciaux cherchant moins notre santé qu’à nous faire consommer. Ainsi un désir de sucre que nous devrions simplement assouvir en mangeant un fruit devient un « besoin » de biscuit…
Une autre limite tient à la qualité de l’alimentation. Si on suit un mode alimentaire carencé (pour soi), la sagesse du corps se dérègle et nous ne sommes plus capable de reconnaître ce qui nous est nécessaire. C’est particulièrement vrai pour les alimentations carencées en thiamine (vitamine B1). Dans les cas les plus graves ces déficiences en viennent à affecter la santé mentale…

Il a été trouvé que les enfants dont les besoins nutritionnels étaient comblés consommaient moins de sucre que les enfants carencés, alors qu’ils avaient accès aux mêmes quantités dans les deux cas (5).

De plus des expériences sur les rats ont montré que, si il était mis à leur disposition eau et alcool à volonté, seuls les rats au régime alimentaire carencé buvaient de l’alcool.
RJ Williams a par la suite mis en évidence qu’en supplémentant en nutriment les rats alcooliques à hauteur de leurs besoins (besoins personnels différents selon les rats, bien plus élevé pour certains que pour d’autres) ils se détournaient complètement de l’alcool (6) et (7).

On peut imaginer l’importance de ces données quand, non content d’avoir une alimentation standard à base de « calories vides », nos aliments sont en plus particulièrement pauvres en nutriment à cause du mode d’agriculture et d’élevage industriel.

Mais il ne faut pas oublier les limites « émotionnelles », celles qui nous font vouloir la pizza comme faisait mamie, et les limites « rationnelles » quand on s’empiffre, ou quand, au contraire, on évite, certains plats par conviction morale, scientifique ou autre…

La sagesse du corps quant à la nourriture, n’est pas quelque chose d’innée et d’immuable. Tout à l’opposé nous devons la préserver et le cultiver. En tout cas, s’il est certain que nous n’avons pas la même force vitale, ni la même résistance aux maladies, il ne faut pas pour autant s’abandonner à la fatalité. Être « prédisposé » ne veut rien dire de plus qu’ « avoir besoin de plus d’apport en nutriments pour être en bonne santé ». La génétique et l’environnement (pollution) jouent un rôle mais on peut passer par dessus et obtenir l’énergie qui nous permettra de vraiment vivre.

1. John M. Nagle, J. Allergy, 10, 179-181 (1939)
2. Michael Somogyi, Arch. Internal Med, 67, 665-679 (1941)
3. Arnold E. Osterberg, Frances R. Vanzant, Walter C. Alvarez, et Andrew B. Rivers, Am. J. Digestive Diseases, 3, 162-164 (1936).
4. Jozef Cohen et Donald P. Ogdon, Science, 110, 532-533 (1949).
5. Icie G. Macy, Nutrition and Chemical Growth in Childhood, Charles C. Thomas, Springfield, Ill., and Baltimore, Md., Vol. I, 1942.
6. J. Mardones, N. Segovia, and E. Onfray, Arch. Biochem., 9, 401-406 (1946).
7. Roscoe A. Brady and W. W. Westerfield, Quart. J. Studies Alc., 7, 499-505 (1947).
Source : Biochemical Individuality de R. J. Williams

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9 Comments

  1. France19 août 4, 2015 Reply
    • Jeremypaleo août 4, 2015
  2. Réda septembre 23, 2015 Reply
    • Jeremypaleo septembre 26, 2015
    • Réda septembre 28, 2015
  3. KOHL RICHARD février 4, 2017 Reply
    • Réda février 4, 2017
    • Jeremypaleo février 5, 2017
  4. Réda février 6, 2017 Reply

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