Doit-on manger moins? (2/2), et retour sur le régime Okinawa

Dans le précédent article nous avons vu comment les (soi-disant) bénéfices de la restriction alimentaire étaient moins issus de la recherche scientifique que de la précipitation des médias, et de l’inertie des idées.
Les études sont souvent très limitées par le fait qu’il est éthiquement difficile de les réaliser sur l’humain lui même… il en existe néanmoins une sur notre espèce : La « Minnesota Starvation Experiment ».

Alors que la fin de la seconde guerre mondiale se profile, des scientifiques américains s’intéressent aux effets des privations alimentaires subis par les peuples européens et asiatiques. Ils veulent comprendre les phénomènes biologiques en jeu, et, peut être, trouver moyen de les aider. Ancel Keys et ses collègues ont alors sélectionné trente-six jeunes hommes en bonne santé physique et mentale. Leur expérience consistait simplement à réduire de moitié le nombre de calorie ingérée par ces cobayes (ceux ci gardant la même activité physique) et à observer.¹

Après six mois de ce régime les hommes avaient perdu en moyenne un quart de leur poids originel, leur force physique, leur libido, et ils avaient développé des troubles psychologiques : dépression, hypocondrie, troubles obsessionnels, auto-mutilation. Même après qu’ils aient retrouvé une alimentation normale, les troubles ont persisté plusieurs mois, voire années pour certains. Au point de faire dire à Ancel Keys :
« Les personnes affamées ne sont pas capables de pratiquer la démocratie […] c’est de la foutaise de parler de la volonté du peuple si celui ci n’est pas bien nourri ».

A la lumière de cette expérience la restriction alimentaire apparaît comme un comportement à risque, nous affaiblissant et induisant des désordres mentaux.²

Les idéologues modernes, n’ayant pas connaissance de cette expérience, et ne voulant pas abandonner le paradigme qu’ils ont hâtivement adoptés, cherchent à utiliser des études épidémiologiques pour soutenir leur idée d’une restriction alimentaire bénéfique. Par exemple, il est souvent dit que les okinawais mangent moins que les autres, on pense au hara hachi bu… qui est en fait une pratique qui consiste à manger par petites portions plutôt que de manger peu de calories. Les okinawais mangent-ils vraiment moins que les autres ? Ces idéologues en sont convaincus car :

  • Les okinawais avaient (jusqu’en 1960) un faible BMI (Body Mass Index – en français ils étaient minces).

  • Les annales du début du XXième siècle indiquent plusieurs années de mauvaise récolte (stock de nourriture sur le marché plus bas, taux de calorie disponible rapporté au nombre d’okinawais en dessous de la moyenne, le fait qu’ils puissent faire de la cueillette sauvage, de l’élevage ou avoir un jardin perso ça ne compte pas).

Le jardinage était pourtant un élément fondamental de la culture okinawaise ; d’ailleurs, leur consommation de légumes frais ainsi que l’utilisation abondante de plantes aromatiques et médicinales ne sont sûrement pas pour rien dans leur longévité.

Mais il y a autre point majeur trop souvent oublié : Tandis que les céréales représentaient pour les japonais « classiques » 78% de l’apport calorique, ce n’était que 19% pour les okinawais ! Que mangeaient-ils à la place ? De la patate douce (beniimo, une variété violette hyper chargée en vitamines et antioxydants), pour 69% de leur apport calorique !³

beni imo

Cette différence ne pourrait-elle pas expliquer la longévité des okinawais ? J’ai déjà évoqué dans mon article « La déchéance Néolithique » le consensus des paléopathologues quant à la nocivité des céréales. Voilà sans doute une nouvelle pièce à ajouter au dossier…

Pour en revenir à la restriction alimentaire, une question reste en suspens. Les répercussions constatées par Ancel Keys sont-elles dues à un manque en calorie ou à un manque en nutriment ? Dans le second cas, elles pourraient aussi bien se présenter chez des gens ayant un régime alimentaire à base de céréales ou de produits industriels, même non restreint au niveau calorique !

Première partie de l’article inspiré du livre de Denise Minger : Death By Food Pyramid.
Autre référence : http://www.okicent.org/docs/anyas_cr_diet_2007_1114_434s.pdf
Photo prise sur : http://www.plaisirvegetal.fr/2012/11/03/sweet-purple-porridge/

¹ La journée type se composait de 1500 calories, principalement de pain, de pomme de terre et de chou.
² La restriction alimentaire peut être bénéfique, si on restreint des aliments nocifs. Les jeunes ponctuels peuvent aussi avoir un intérêt pour laisser le corps se concentrer sur sa guérison/sa détoxification.
³
Ces chiffres, comme critiqués ci dessus, viennent des stocks de nourriture disponible sur le marché. C’est une estimation peu précise de la consommation réelle des okinawais mais néanmoins parlante dans ce cas.

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4 Comments

  1. Zéphine juillet 4, 2014 Reply
    • Jeremypaleo juillet 4, 2014
  2. HAL septembre 19, 2016 Reply
    • Jeremypaleo septembre 19, 2016

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